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Halloween et le respect de l’enfant.

Halloween et le respect de l'enfant

Il existe tout un débat sur le fait de savoir s’il faut ou non fêter Halloween en France avec les principaux arguments contre suivants : fête commerciale, importation des Etats-Unis, représentations basées sur la peur, concurrence avec la Toussaint, etc… Sans rentrer dans le débat du pour ou contre Halloween, car j’estime qu’il appartient à chacun de réfléchir en conscience à cela et de se faire sa propre opinion sur le fait de le fêter ou non, ce qui m’intéresse aujourd’hui c’est comment mêler Halloween et le respect de l’enfant. Comment faire pour que cette fête soit bien vécue par tous, pour gérer d’éventuelles crise en douceur sans s’arracher les cheveux, bref comment faire pour qu’elle se passe au mieux pour tout le monde?

Préambule : la petite histoire d’halloween :

Tout d’abord, je vais vous présenter rapidement la petite histoire d’Halloween en quelques lignes. Vous saurez tout ce qu’il y a à savoir pour briller en société 😉 Et en prime, votre enfant pourra épater son instit après les vacances!

Contrairement à ce que tout le monde pense, Halloween n’est pas d’origine américaine, mais bien celte, et plus précisément Irlandaise. Il s’agissait alors de la fête de la Samain, une fête païenne, datant d’il y a environ 2500 ans. Elle fêtait à la fois le début et la fin de l’année celte. On considérait alors que dans ce court laps de temps presque superposé, un passage s’ouvrait, une sorte de trou noir permettant aux défunts de passer du monde des morts au monde de vivants pour revoir des êtres chers. On guidait leurs âmes avec des lanternes pour leur montrer le chemin jusqu’aux maisons.

Par la suite, cette tradition a migré avec les Irlandais en Amérique et est devenue la fête d’Halloween, prononcée “All Hallow E’en” qui signifie “la nuit sainte”, l’équivalent de notre Toussaint. Halloween a ensuite évolué avec l’influence américaine, pour devenir la fête que l’on connaît aujourd’hui avec déguisements, décorations et bonbons, s’exportant ailleurs et notamment en Europe.

Halloween et le respect de l’enfant :

Voici quelques pistes de réflexions pour passer Halloween sereinement et sans encombre, lorsque l’on est dans une démarche d’accompagnement respectueux de son enfant et dans une parentalité consciente. Vous verrez qu’il n’est pas si difficile d’allier Halloween et le respect de l’enfant.

Le respect des émotions, et notamment de la peur :

Démarrons en posant les bases : Halloween joue sur la peur! Il est important de bien le comprendre. Nous, adultes, avons plus de recul que les enfants et sommes moins impressionnables. Afin de mieux comprendre son enfant et de mieux le respecter il est essentiel d’être conscient et de faire attention à certaines choses :

  • Ne pas se moquer d’un enfant qui a peur :

Il ne faut jamais se moquer d’un enfant qui a peur, même si ça nous semble ridicule ou insignifiant, car ça ne l’est pas pour lui. Il est encore difficile pour certains de distinguer le vrai du faux. Attention donc à ne pas tomber dans l’humiliation ou à stopper ceux qui l’utiliseraient envers votre enfant : « Arrête de pleurer comme une fillette! », « T’es une poule mouillée! ».

  • Ne pas tomber dans la comparaison :

« Regarde Louis au moins il n’a pas peur! ». Grand bien fasse à Louis mais votre enfant, lui, a peur, et c’est tout à fait respectable et légitime. Comparer revient à dénigrer, à lui dire que son émotion n’est pas légitime, et donc à nier sa propre personnalité. Il ne se sentira pas reconnu tel qu’il est, et pourrait penser “qu’il n’est pas assez bien”.

  • Accueillir ses peurs s’il les manifeste :

Il est essentiel de toujours accueillir les peur de l’enfant lorsqu’il les manifeste, que ce soit à l’extérieur lors de la collecte de bonbons, ou postérieurement à la maison au moment de dormir. En effet il aura peut-être peur des déguisements qui sont parfois très impressionnants, ou encore des maquillages parfois très réalistes et peu rassurants de certains. Il pourra être impressionné par des décorations un peu glauques (cercueil, têtes coupées, haches dans la tête, etc…). Car la difficulté est que toutes ces images impressionnantes et parfois violentes sont banalisées pour Halloween, oubliant l’effroi (voir le traumatisme dans certains cas) qu’elles peuvent susciter chez des enfants. (Ce n’est pas pour rien que bon nombre de films d’horreur sont interdit au moins de 12 ans).

Il aura du coup peut-être du mal à aller se coucher, à s’abandonner au sommeil, notamment s’il a été impressionné par la soirée. Il aura peut-être peur du noir alors que jusqu’à présent il ne ressentait pas cette anxiété.

Le rôle de l’adulte et notamment des parents sera de bien verbaliser les choses, en parlant avec lui pour qu’il puisse comprendre ce qui se passe en lui, en nommant l’émotion, en expliquant ses causes. Cela permet de la légitimer. Dans son livre « Au cœur des émotions de l’enfant », Isabelle Filliozat explique que forcer à affronter la peur est inutile, et en général la renforcera. Aider une personne à dépasser une peur nécessite du temps, et cette décision doit venir de la personne. Si on force quelqu’un à affronter ses peurs, adulte ou enfant, il ne mobilise pas ses propres ressources, et il est comme dépossédé, en situation de dépendance. Or la dépendance augmente la peur.

  • Savoir détecter si son enfant ressent du stress :

Parfois certains enfants vont ressentir un grand stress ou de la peur, mais ne le verbaliseront pas ou ne le montreront pas. Cale peut être par exemple parce qu’ils ont peur de se sentir ridicule, ou parce qu’on s’est déjà moqué d’eux par le passé et qu’ils ne veulent pas ressentir à nouveau ce sentiment d’humiliation. Il est vraiment important de savoir détecter si son enfant a peur ou est stressé, afin de ne pas laisser avec ses angoisses. Car il pourrait notamment avoir des difficultés à dormir ou faire des cauchemars. par la suite, et tout simplement se sentir mal. Pour cela, il faut être vraiment à l’écoute, ou bien le questionner s’il est plutôt silencieux. Et si l’on identifie de la peur ou du stress, bien verbaliser avec lui, comme expliqué juste au-dessus.

Déguisement Halloween enfant

Le respect du corps et de la personnalité de l’enfant :

  • Ne jamais forcer un enfant qui n’a pas envie de se déguiser :

Il en a le droit, après tout c’est son corps. Il peut se sentir mal à l’aise ou ridicule. Ou peut-être qu’il a eu une mauvaise expérience par le passé ou a été moqué par des camarades. Peut-être encore qu’il ne se sent tout simplement pas bien dans un déguisement car il n’aime pas faire semblant. Il est propriétaire de son corps, on ne doit pas le forcer à quoi que ce soit avec. Notre enfant n’est pas obligé de se déguiser simplement pour nous faire plaisir non plus, il est important de se rappeler que les enfants ne sont pas la propriété de leurs parents.

  • Ne pas forcer un enfant à participer à la fête :

S’il n’a pas envie de se mêler au groupe, ou encore une fois s’il a peur, il ne sert à rien de forcer l’enfant à participer à Halloween. Il a le droit de décider pour lui-même. Il est le mieux placé pour savoir ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas. On peut lui réexpliquer le sens de la fête, lui montrer éventuellement que c’est dommage car il n’accompagnera pas ses copains, mais il est inutile d’insister lourdement. C’est à lui de faire le choix.

  • Expliquer si l’enfant ne comprend pas le sens de la fête, ou ce qu’on attend de lui à Halloween :

Les choses qui nous paraissent évidentes ne le sont pas pour tout le monde. Ainsi notre enfant peut tout à fait légitimement se demander pourquoi il faudrait se déguiser en monstre ou en sorcière, pourquoi il y a plein de décorations qui font peur, pourquoi on doit aller chez des gens qu’on ne connait pas pour réclamer des bonbons, etc… On a parfois besoin de sens pour pouvoir faire les choses. Expliquer et comprendre peut dénouer des blocages et amener à participer, parce que les questionnements que l’on se pose auront trouvé des réponses.

La gestion des bonbons :

  • La modération pour une question de santé :

On le sait tous, les bonbons ne font pas partie des aliments santés. Ils contiennent trop de sucre, des additifs à foison, et peuvent donc entretenir des caries ou jouer le rôle d’excitant (notamment le soir). Par ailleurs selon l’âge de l’enfant, certains bonbons durs et petits peuvent causer un risque d’étouffement. Alors comment gérer cela? Comment allier Halloween et le respect de l’enfant dans la gestion des bonbons? Il faut tout simplement faire attention à la manière dont on place les limites.

o Pour éviter tout sentiment d’arbitraire ou d’injustice, il est important d’expliquer pourquoi on pose des limites. On va donc lui expliquer les dangers de l’excès de sucre, ses conséquences, les éventuels risques d’étouffement, ce qui nous dérange et ce qui nous fait peur.

o On peut lui demander ce qu’il en pense, et comment on pourrait faire attention ou ce qu’on pourrait faire pour éviter ces risques. Il est valorisant pour l’enfant de voir que l’on s’intéresse à son avis, et qu’on peut en tenir compte. On lui montre qu’il a de l’importance pour nous et qu’il peut réfléchir par lui-même, qu’on a confiance en son jugement.

o Il me parait essentiel d’établir la règle ensemble et en amont, pour permettre de limiter les conflits ou crises. Vous pouvez lui expliquer que oui ce sont bien ses bonbons, mais qu’il y a quelques règles à suivre pour sa propre santé/sécurité, (et lui expliquer pourquoi). S’il a consenti à la règle il sera d’autant plus enclin à la respecter.

o Ensuite c’est à vous de voir en fonction de l’âge de vos enfants, de vos convictions alimentaires et de votre degré de lâcher prise. Par exemple :

  • Zéro sucre tout le temps donc vous avez prévu vos propres bonbons adaptés, ou alors vous êtes ok de manière exceptionnelle mais de façon limitée, ou encore c’est open bar sur quelques jours?
  • Vous avez convenu avec votre enfant qu’il ne mange pas les bonbons avec gélatine, pas de petits bonbons durs, pas de chewing gum, ou au contraire tous ces bonbons sont ok.
  • Etc…

o Faites le tri avec votre enfant au préalable, ensuite vous pourrez le laisser gérer en toute autonomie (on est moins tenté par ce qu’on n’a pas ou ne voit pas).

o Vous pouvez décider de rationner :

  • Définir en amont un nombre précis de bonbons par jour à ne pas dépasser, jusqu’à épuisement du stock.
  • Ou encore limiter à certains jours seulement : par exemple « Tu as le droit d’en manger uniquement le mercredi et le weekend ».
  • Ou déterminer une heure limite ou des moments clés : « Pas après 18h », « Pas avant le repas », « Pas dès le matin » etc…
  • Avec ce cadre vous pouvez proposer un « contrat de confiance » en lui indiquant où sont rangés les bonbons, et que vous lui faite confiance pour respecter le cadre que vous venez d’élaborer ensemble. Et lui indiquer que c’est important pour vous qu’il s’y conforme pour honorer votre confiance.

o A vous de trouver vos propres règles selon ce qui convient à votre famille.

  • L’autorégulation :

Vous pouvez aussi faire le choix de faire pleinement confiance à votre enfant et le laisser complètement s’auto-réguler. Attention, cela demande un réel lâcher-prise et donc un travail sur soi en tant que parent. Cela n’est pas une posture forcément évidente et cela dépend de là où vous en êtes dans votre cheminement.

En principe vous ne connaîtrez pas l’attitude de votre enfant à l’avance :

o Rationnement de lui-même parce qu’il veut pouvoir manger des bonbons pendant plusieurs semaines,

o Empiffrement jusqu’à en avoir mal au cœur en les mangeant tous d’un coup,

o Auto-régulation naturelle pour avoir suffisamment faim pour le dîner, grâce à l’écoute de ses sensations et notamment de sa satiété (ou de son écœurement)

o Partage spontané avec la famille, sa fratrie ou ses amis

o Etc…

Pourquoi pas sortir du contrôle? Cela aura le mérite de favoriser l’autonomie et l’estime de soi de votre enfant qui se sentira valorisé de la confiance qui lui est accordée, surtout si vous le lui avez annoncé en amont. Et s’il décide de s’empiffrer? Après tout, Halloween n’a lieu qu’une fois dans l’année, c’est donc ponctuel et ce gavage de sucreries resterait très occasionnel. C’est aussi une bonne façon de laisser son enfant se reconnecter réellement à ses sensation et à en tirer un apprentissage pour la suite : s’il mange trop de bonbons à s’en rendre malade, il saura les sensations que ça lui procure parce qu’il les aura expérimentées, il y a donc fort à parier que la prochaine fois il s’en rappellera et s’auto-régulera spontanément pour ne pas revivre cet inconfort.

  • Gérer la répartition des bonbons, notamment en cas de fratrie :

Là encore je pense qu’il est important de poser les règles en amont et de les faire valider, afin que les enfants ne soient pas surpris à l’arrivée, et qu’ils ne puissent plus contester la consigne par la suite puisqu’ils y auront consenti. Et s’ils la contestent, on leur rappellera simplement qu’ils avaient donné leur accord au départ, en général cela suffit à désamorcer la crise. Il y a deux alternatives possibles, à vous de choisir celle qui vous correspond :

  • Soit chacun son panier et ils se gèrent, chacun mangeant sa propre récolte. On leur montre qu’on leur fait confiance, ils développent leur autonomie.
  • Soit tous les bonbons sont réunis à la fin puis repartagés équitablement entre chacun. Cela peut être un bon moyen d’introduire la notion de partage et d’égalité.
  • Favoriser les échanges dans la fratrie :

Si l’un n’aime pas tel bonbon qu’il a récolté, il peut proposer un échange à son frangin. Le mieux est de les laisser gérer et de n’intervenir qu’en cas de gros conflit s’ils ne parviennent pas à se mettre d’accord et que cela dégénère entre eux. Cela favorise leur autonomie et développe leurs compétences sociale (capacité à gérer les conflits, empathie…) et leur intelligence émotionnelle.

***

Et vous, qu’elle est votre approche de la fête d’Halloween? Aviez-vous réfléchi à tout ce que cela pouvait impliquer? Comment procédez-vous ? N’hésitez pas à me le dire en commentaire et à partager l’article s’il vous a plu.

A très vite pour de nouveaux partages autour d’une parentalité consciente et sereine!

Sakina

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