Parentalité positive,  Vie quotidienne

Pourquoi mon enfant fait l’inverse de ce que je lui dis?

Vous venez de demander quelque chose à votre enfant, mais il s’est empressé de faire l’inverse. Vous vous dites qu’il vous provoque, qu’il vous cherche. Vous en avez marre car il ne vous écoute jamais. Vous avez l’impression qu’il fait toujours l’inverse de ce que vous lui demandez. Vous vous reconnaissez dans ces situations?

Et si cela venait tout simplement de notre façon de dire et de présenter les choses?

De manière générale, nous avons une fâcheuse tendance à formuler les choses négativement. Du coup, la plupart du temps nous demandons ou expliquons aux enfants tout ce que nous ne voulons pas qu’ils fassent. Or, c’est bien là le problème…

Avant environ 2 ans, l’enfant n’entend pas la négation.

Le cerveau du petit enfant n’a pas encore atteint la maturité cérébrale nécessaire pour entendre la négation formulée dans une phrase. Les phrases formulées de manière négative sont très complexes, alors que bien souvent à cet âge le petit enfant n’a pas encore acquis la parole. Autour de 2 ans, en grand majorité les enfants disent simplement quelques mots ou commencent à peine à faire quelques phrases simples. Il est donc difficile pour un enfant de cet âge de comprendre ce qu’on attend de lui lorsqu’on lui dit de « ne pas faire » quelque chose.

La négation est complexe à saisir. Ainsi, avant au moins l’âge de 2 ans l’enfant ne peut pas associer les deux notions, comme l’explique très bien Isabelle Filliozat, psychothérapeute, dans cette courte vidéo. Son cerveau n’est pas capable de construire dans sa tête des images mentales organisées. Il ne peut donc pas se représenter ce qui est interdit car pour lui, c’est l’action à accomplir qui compte. Celle qui ne doit pas être accomplie n’est pas « visualisable » car cela demande deux actions mentales : l’action et le blocage de l’action.

En effet, comme il n’entend pas la négation, si je lui dis « Ne touche pas à ce placard » c’est comme s’il entendait « Touche placard ». Et il va en général se dépêcher d’y toucher, puisqu’il était déjà sur sa lancée.  Si je lui dis « Ne monte pas sur le canapé », il va entendre « Monte canapé », et va tenter de grimper dessus.

Et ce n’est pas du tout de la provocation à notre égard! Son cerveau n’entend pas le « ne…pas », il visualise le placard uniquement, il a l’image devant ses yeux dans sa tête. En tant qu’adulte nous n’avons alors que suscité chez lui le désir de toucher le placard ou de monter sur le canapé.

Lorsque l’enfant se fait une image dans sa tête il va mobiliser son corps vers cette image. Donc si on dit à un petit enfant « Ne traverse pas la rue » c’est comme si on lui disait « Traverse la rue ». On donne une consigne, alors même que nous avions l’impression de donner un interdit! Entre 0 et 2 ans, son intelligence est pour le moment essentiellement sensori-motrice, c’est-à-dire qu’elle passe par les sensations physiques et les mouvements. Il est donc toujours dans l’action et pas encore tellement dans la réflexion et l’analyse poussée, même s’il analyse bien-sûr son environnement en permanence. (Pour en savoir plus sur les différents stades de développement de l’enfant, téléchargez mon Kit de démarrage pour bien comprendre son enfant en vous inscrivant au blog. C’est totalement gratuit! Inscrivez-vous sur le formulaire).

Vous allez me dire, ok très bien, quand mon enfant a moins de 2 ans je veux bien qu’il comprenne l’inverse et qu’il n’entende pas la négation. Sauf que là mon fils a 5 ans, et il fait toujours l’inverse de ce que je lui dis! (Raaaaah! 🙁 )

Parent saoulé

Oui mais, ce n’est pas aussi simple… Même si une fois l’enfant plus grand le cerveau mature et entend la négation, la comprendre est complexe, et ce même pour l’adulte. Vous allez comprendre avec ce qui suit.

Le cerveau humain ne comprend pas la négation.

Eh oui, que l’on ait 5 ans ou 50 ans, notre cerveau ne comprend pas la négation, ou du moins la décode difficilement. Notre raisonnement logique doit entrer en action derrière pour faire les connexions et comprendre cette négation.

Prenons le célèbre exemple d’Isabelle Filliozat qui explique parfaitement cela. Si je vous dis là tout de suite « Ne pensez surtout pas à un zèbre en train de courir dans la savane », vous venez pourtant juste de le voir, n’est-ce pas? Vous l’avez imaginé, visualisé dans votre tête. Bonne nouvelle, vous êtes parfaitement normal!

Formulation positive : e cerveau ne comprend pas la négation

Livre « Il n’y a pas de parents parfaits », Isabelle Filliozat

Eh bien, c’est exactement la même chose qui se passe avec un enfant lorsqu’on lui dit de « ne pas faire ».

Roland Jouvent, directeur de recherche au CNRS et créateur du « Centre Emotions » à la Pitié Sapêtrière, partage ses dernières recherches sur le cerveau. Il explique que dire « N’aies pas peur » à un enfant est en général le meilleur moyen de l’effrayer, car selon lui le cerveau naturellement n’entend pas la négation. Il indique que ce que l’on veut transmettre s’exprimera davantage par notre posture ou notre gestuelle (attitude, ton de la voix), qui sont beaucoup mieux comprises que le langage verbal par notre cerveau émotionnel.

=> Un exemple est toujours plus parlant :

Pourquoi n’est-il pas intelligent de sans cesse ne pas faire des phrases simples et que du coup personne ne comprend? Ne serait-il pas plus simple de ne pas employer la forme négative pour ne pas se retrouver incompris de ses interlocuteurs sans qu’on ne le veuille et ainsi ne pas assister à des regards interrogateurs de son entourage?

Voilà un exemple de phrase négative alambiquée et difficile à comprendre! Tourné à la forme positive, c’est tout de même plus simple à interpréter!

Voici le décodeur version formulation positive : Il est plus intelligent de faire des phrases simples que tout le monde comprend. Il est plus simple d’employer la forme positive pour éviter l’incompréhension de ses interlocuteurs et les regards interrogateurs de son entourage malgré nous.

=>Les conséquences :

Plus on grandit, plus le cerveau mature et la réflexion se met en place. Nous finirons donc par comprendre ce qui aura été dit ou écrit. Seulement cela pourra prendre un certain temps, le temps que notre cerveau décode l’information pour la retraiter en la transformant de manière positive. Je suis sûre que ça vous est déjà arrivé de buguer sur une phrase prononcée et de dire « Attends, répète là, je n’ai pas bien compris? Qu’est-ce que tu viens de dire? », amenant votre interlocuteur à reformuler.

=>La solution : formuler ses phrases de manière positive.

Comme je l’ai déjà dis plus haut, nous avons malheureusement ancré l’habitude de formuler nos phrases de manière négative, et nous utilisons la négation à tort et à travers. Ainsi, notre principale erreur est de dire à notre enfant ce que nous ne voulons pas qu’il fasse, plutôt que de lui dire simplement ce que nous attendons de lui.

Or, si on formule les interdits en négatif on a de grandes chances qu’ils ne soient pas respectés. Et cela nous énerve d’autant plus, on va répéter la même consigne généralement en haussant le ton, en étant agacé. Mais lorsque l’on formule nos phrases de manière positive, nous donnons des indications claires aux enfants. Et lorsqu’ils ont des indications claires ils sont bien plus tentés de les respecter.

Il faut donc faire en sorte de donner des consignes à l’enfant, qu’il va pouvoir comprendre et respecter plus facilement. Pour cela, il faut les formuler de manière positive, en lui disant précisément ce qu’on attend de lui.

Ainsi, au lieu de dire à l’enfant « Ne touche pas au placard », préférez la formule « Le placard reste fermé ». On peut aussi l’encourager du regard, lui dire qu’il a bien compris ce qu’on attendait. Ça le conforte dans son action et renforce son estime de lui.

Voici quelques exemples de consignes positives en remplacement de consignes négatives. Avec un s’il te plait à la fin de la phrase, c’est encore mieux et plus respectueux!

  • Au lieu de lui dire « Ne marche pas là » on lui dira plutôt « Marche de ce côté ».
  • « Ne monte pas sur le canapé » => « Reste au sol, à côté du canapé ».
  • « N’allume pas la lumière » => « Laisse la lumière éteinte ».
  • « N’ouvre pas le robinet » => « Laisse le robinet fermé ».
  • « Ne traverse pas » => « Reste sur le trottoir ».
  • « Ne crie pas » => « Parle doucement » ou « Utilise ta petite voix, chuchote ».

(Je vous ai créé un tableau récapitulatif très complet de formulations positives au format PDF que pouvez télécharger en cliquant ici. Il contient la plupart des phrases que j’ai pu mettre en pratique avec ma fille).

Ce n’est pas un exercice simple que de formuler ses phrases de manière positive. Cela demande une certaine gymnastique de l’esprit. Mais avec un peu d’entraînement et à force de répétition, on y arrive très bien ! Et cela devient assez vite une habitude, plus vite qu’on ne pourrait le croire.

Pourquoi mon enfant continue de faire l’inverse de ce que je lui demande, même quand je formule positivement?

Il y a d’autres raisons qui peuvent expliquer que votre enfant « s’obstine » à faire l’inverse de la consigne que vous lui avez donnée :

  • Son attention est ailleurs : il n’était peut-être tout simplement pas attentif au moment où vous lui avez parlé. Lorsque l’on souhaite glisser une consigne à son enfant il est important de s’assurer de sa pleine attention, sous peine de déperdition de l’information. Il faut donc vérifier qu’il vous regarde quand vous lui parlez, et qu’il n’est pas occupé à autre chose. Sinon ça rentre par une oreille et ça ressort par l’autre.
  • Il n’a pas envie : il est possible que ce que vous lui demandez ne lui plaise pas. Comme toute personne, il a ses propres émotions, ses propres envies, et n’est pas une machine à obéir. Donc si vous lui dites qu’il est l’heure de prendre son bain et qu’il n’en a pas envie, il y a fort à parier qu’il fasse la sourde oreille.
  • Il cherche votre attention : il ne s’agit pas là de provocation mais bien d’un réel besoin d’interaction, voire de contact. Si votre enfant sait parfaitement qu’il doit dessiner sur la feuille, mais que ça fait 15 minutes que vous discutez avec une copine et qu’il voudrait bien un câlin ou que vous jouiez avec lui, il n’est pas impossible qu’il se mettre tout d’un coup à dessiner sur le sol ou sur la vitre. C’est le moyen qu’il a trouvé pour attirer votre attention, et par une bêtise il est sûr de l’avoir. Car parfois on s’est tous retrouvés dans la situation ou même s’il demande gentiment, on lui répond sans même le regarder « Attends mon chéri je fini de parler ». Dans ce cas répondre à son besoin et le combler permet de résoudre très vite le problème.
  • Il n’est pas en forme ou dans de bonnes conditions : il est fatigué, il est malade, il a faim, il a froid, etc… Dans ce cas, son attention est ailleurs, focalisée sur son besoin et son état de mal-être. Il ressent son inconfort dans tout son corps et son stress monte, la tempête émotionnelle n’est pas loin. Il n’est plus disponible pour vous écouter. Son cerveau encore immature n’est pas en capacité totale de différer son besoin et donc d’être suffisamment attentif. (Il n’y a qu’à voir comme nous même sommes de merveilleuse humeur quand on a faim, et à quel point on a envie d’appliquer les consignes de dernière minute de notre patron alors que la réunion a déjà 1h de retard sur notre pause déjeuner…).
  • Ce n’est pas une recette miracle : c’est comme pour tout, cela ne marchera pas à chaque fois. Et cela peut prendre du temps également. La constance et la répétition aident l’enfant à avoir des repères et à mieux comprendre ce que vous attendez de lui. La formulation positive des phrases est un outil de communication au quotidien.

Une chose est sûre, il est toujours plus facile de comprendre les réactions de notre enfant lorsque l’on comprend ce qui se joue pour lui, et à l’intérieur de lui, notamment selon son stade de développement. Cela nous permet d’adapter nos exigences et nos demandes d’adultes, pour les mettre à sa portée. Le tout dans une démarche d’accompagnement respectueuse de son enfant. Donc lorsque l’on comprend que la négation est difficile à comprendre pour l’enfant, on est plus tolérant et on comprend mieux pourquoi il ne respecte pas certaines de nos consignes, et on peut se reprendre pour reformuler nos demandes de manière positive.

Et chez vous, comment ça se passe? Vous êtes plutôt team formulation positive ou team formulation négative? Est-ce que vous comprenez mieux certaines réactions de votre enfant? Partagez-moi en commentaire les formules positives que vous utilisez dans votre quotidien, cela pourra inspirer d’autres parents! 🙂

Partager l'article :
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.